"Porté par une voix off comme en affectionne alors le jeune cinéma, de Hiroshima mon amour à Jules et Jim,
le film accompagne son personnage principal, Pedro, dans une
déambulation mentale et temporelle polarisés par deux endroits aussi
différents que possible, le Paris des noctambules et un château dans une
campagne alternativement enneigée et noyée de soleil. Interprété par le
musicien et chanteur Pierre Assier, Pedro songe, ou peut-être se
souvient, ou imagine. Il y aurait eu des nuits blanches, et l’éclat de
l’été. Des solitudes passées et futures. Dans le hall à la perspective
infinie du château, les boules de billard s’entrechoquent selon des
configurations toujours changeantes, comme l’algorithme d’une fiction
sentimentale, policière et dépressive.
L’utilisation des lieux, des voix (notamment celles d’Edith Scob et
de Michèle Mercier), des présences de silhouettes nettement découpées
mais comme en à-plat, et la circulation dans le temps, évoquent L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais d’après Robbe-Grillet, la circulation stylisée dans le temps peut faire songer à La Jetée de Chris Marker (films tout deux postérieurs à La Ligne de mire).
Nulle imitation ici, mais des enjeux communs de fiction, et des
réponses stylistiques comparables, mais où interfère une dimension
singulière, portée par cet acteur incomparable, sinon à Buster Keaton
lui-même, Claude Melki, jardinier burlesque, danseur des bosquets,
camionneur de nuit et interprète de tous les films de fiction de Pollet –
et de pas assez d’autres films."
Article de Jean-Michel Frodon dans son blog Projection publique-La Ligne de mire de Jean-Daniel Pollet

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