... "La première dimension est désignée par Foucault lui-même comme celle de la blessure : mon corps, dit-il, «je ne peux pas me déplacer sans lui». On rêve souvent de quitter son corps mais le corps, cette «topique impitoyable […], sera toujours là où je suis». «Mon corps, c’est le lieu sans recours où je suis condamné[1]», et c’est en cela qu’il est, pour Foucault, un lieu de «blessure»: car il ne répond pas, physiquement, à l’«utopie» de soi-même où il serait autre chose que ce que Foucault voit tous les matins dans le miroir de sa salle de bains : «Visage maigre, épaules voûtées, regard myope, plus de cheveux, vraiment pas beau[2]»…
Il est une deuxième dimension de l’expérience corporelle que reconnaît Foucault lorsqu’il dit que «toutes ces utopies par lesquelles j’esquivais mon corps, elles avaient tout simplement leur modèle et leur point premier d’application, elles avaient leur lieu d’origine dans mon corps lui-même. J’avais bien tort, tout à l’heure, de dire que les utopies étaient tournées contre le corps et destinées à l’effacer : elles sont nées du corps lui-même[3]», quitte à croire travailler contre lui. Il faut son corps pour travailler contre lui et, dans tous les cas, c’est le travail qui apparaît ici comme une dimension essentielle au rapport que chacun de nous – Simon plus que nous, en ce moment – tente d’établir entre sa blessure et son désir. ...
À la fin de sa conférence, Foucault laisse entrevoir une troisième dimension qui ne serait autre – c’est mon vocabulaire, désormais – que le désir lui-même : désir par quoi «mon corps, en fait, est toujours ailleurs, il est lié à tous les ailleurs du monde, et à vrai dire il est ailleurs que dans le monde. Car c’est autour de lui que les choses sont disposées, c’est par rapport à lui – et par rapport à lui comme par rapport à un souverain – qu’il y a un dessus, un dessous, une droite, une gauche, un avant, un arrière, un proche, un lointain. Le corps est le point zéro du monde, là où les chemins et les espaces viennent se croiser le corps n’est nulle part; il est au cœur du monde ce petit noyau utopique à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine, je perçois les choses en leur place et je les nie aussi par le pouvoir indéfini des utopies que j’imagine[4]».
[1]. M. Foucault, Le Corps utopique (1966), Paris, Nouvelles éditions Lignes, 2009, p. 9-10.
[2]. Ibid., p. 10.
[3]. Ibid., p. 14.
[4]. Ibid., p. 18

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