... "Et en même temps, cette « empreinte-produit » nous interroge sur « le
visible » , non seulement sur la nature et la réalité du photographié
mais aussi, comme l’ont fait les sculpteurs et les peintres cubistes,
sur la représentation en profondeur de l’espace dynamité par l’extension
et l’intensité des volumes, des plans et des contrastes colorés. Nous
voilà face à des paysages plus ou moins étranges, tendus autour d’un
plan qui fait face et toujours déroutants. D’autant plus que l’espace
paraît non seulement inhabitable pour notre regard et nos pas, mais
qu’il est aussi inhabité, sans homme et sans animal.
Quelles que soient les photographies d’Éric Bourret, elles sont toujours
sans homme. Il n’est pas là empreinte physique, point à partir duquel
se repérer ou mesurer le monde, comme dans les premières photographies
des archéologues. Pas non plus de présence animale qui pourrait
signifier un déplacement possible et une profondeur habitable, qui
ferait de l’espace un lieu où bouger et se mouvoir. Et si l’espace n’est
pas celui de l’homme, le temps n’est pas non plus le sien. Il y a
certes traces de son action passée avec les murs, les colonnes, les
pierres taillées des sites archéologiques ou avec les figures immobiles
des bouddhas et les apsaras qui, rapprochées et parfois floues, sourient
et s’estompent vers le fond. Mais, le sable, les usures, les cassures
signifient le temps passé sans l’homme, un temps irréversible."...
... "Dans sa démarche, Éric Bourret réunit ainsi des problématiques
contemporaines : il souligne sa présence d’auteur de photographies, en
montrant que le monde perçu et saisi l’est pour et au bout d’un corps
sensible et vibrant, et dans le même temps il accepte sciemment de se
dessaisir de la maîtrise impossible de l’image, en ménageant une place à
l’aléatoire, à la surprise."...
... "À regarder et tenter de lire ces images de rythme et de lumière, on peut
penser à ce qu’a écrit Gaston Bachelard sur le caractère rythmique et
ondulatoire de la matière ou Michel Collot sur la matière-émotion qui
n’est « pas une masse inerte, amorphe, mais animée d’une énergie qui la
fait s’épanouir ». Sous les soubresauts du corps photographiant,
confusion des matières liquides, gazeuses et minérales ; Éric Bourret
semble dire : « les nuages, les névés, les glaciers, la montagne et
l’eau sont des passages, des états transitoires, des formes émergentes
du chaos »"...
http://www.ericbourret.com/en-deca-et-au-dela-du-visible-marie-renoue/

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