"Concernant la photographie, Fulton fait preuve de la même exigence de
précision qu’il met en œuvre dans sa peinture : ses photos sont très
strictement cadrées et font toujours état de la même rigueur
d’exécution. Chaque cliché doit témoigner de la plénitude que l’on est
censé ressentir face au paysage. La « cinéplastique »
à l’œuvre chez Fulton n’a rien à voir avec celle de ces artistes
arpenteurs de la mégalopole, les Orozco, Alÿs et autres Stalker, il est
même patent que la marche fultonnienne s’éloigne en tous points de la
tendance dominante à investir les situations urbaines. Sa pratique puise
ses origines dans les années soixante et soixante-dix et porte les
stigmates d’une nature encore idéalisée ; il ne semble absolument pas en
phase avec le rythme saccadé de la ville, ses ruptures, ses blancs, ses
accélérations qui fondent l’amour que les situationnistes portent à la
ville, lieu de la dérive, dont la seule traduction possible ne peut se
trouver que dans le montage cinématographique ; à preuve, la marche
qu’il réalise entre le point zéro et le mètre étalon en 2010 est la
répétition sept fois du même trajet entre ces deux pôles, symboles d’une
abstraction enfouie, pour le moins désuète à l’heure du GPS. Tout
témoigne chez l’artiste de la recherche d’une sérénité intérieure, d’un
calme et d’une quiétude qu’il ne saurait trouver dans les à-coups de la
grande ville mais bien dans le refuge des cimes des Pyrénées ou de
l’Himalaya, aussi il semble assez naturel que l’expérience fultonnienne
du monde s’incarne dans les médiums de la recherche d’un temps
stabilisé, ceux de la peinture et de la photographie."
l’interview d’Hamish Fulton par Patrice Joly dans la revue 02
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