mardi 28 juillet 2015

Hamish Fulton

"Concernant la photographie, Fulton fait preuve de la même exigence de précision qu’il met en œuvre dans sa peinture : ses photos sont très strictement cadrées et font toujours état de la même rigueur d’exécution. Chaque cliché doit témoigner de la plénitude que l’on est censé ressentir face au paysage. La « cinéplastique » à l’œuvre chez Fulton n’a rien à voir avec celle de ces artistes arpenteurs de la mégalopole, les Orozco, Alÿs et autres Stalker, il est même patent que la marche fultonnienne s’éloigne en tous points de la tendance dominante à investir les situations urbaines. Sa pratique puise ses origines dans les années soixante et soixante-dix et porte les stigmates d’une nature encore idéalisée ; il ne semble absolument pas en phase avec le rythme saccadé de la ville, ses ruptures, ses blancs, ses accélérations qui fondent l’amour que les situationnistes portent à la ville, lieu de la dérive, dont la seule traduction possible ne peut se trouver que dans le montage cinématographique ; à preuve, la marche qu’il réalise entre le point zéro et le mètre étalon en 2010 est la répétition sept fois du même trajet entre ces deux pôles, symboles d’une abstraction enfouie, pour le moins désuète à l’heure du GPS. Tout témoigne chez l’artiste de la recherche d’une sérénité intérieure, d’un calme et d’une quiétude qu’il ne saurait trouver dans les à-coups de la grande ville mais bien dans le refuge des cimes des Pyrénées ou de l’Himalaya, aussi il semble assez naturel que l’expérience fultonnienne du monde s’incarne dans les médiums de la recherche d’un temps stabilisé, ceux de la peinture et de la photographie."

l’interview d’Hamish Fulton par  Patrice Joly dans la revue 02

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